Être capable de citer des titres aussi facilement que des marques de biscuits


Lu dans La place de Annie Ernaux (Paris : Gallimard (Folio), 1983)
 
« Un dimanche après la messe, j’avais douze ans, avec mon père j’ai monté le grand escalier de la mairie. On a cherché la porte de la bibliothèque municipale. Jamais nous n’y étions allés. Je m’en faisais une fête. On n’entendait aucun bruit derrière la porte. Mon père l’a poussée, toutefois. C’était silencieux, plus encore qu’à l’église, le parquet craquait et surtout cette odeur étrange, vieille. Deux hommes nous regardaient venir depuis un comptoir très haut barrant l’accès aux rayons. Mon père m’a laissé demander : « On voudrait emprunter des livres. » L’un des hommes aussitôt : « Qu’est-ce que vous voulez comme livres ? » À la maison, on n’avait pas pensé qu’il fallait savoir d’avance ce qu’on voulait, être capable de citer des titres aussi facilement que des marques de biscuits. » (pp. 111-112)


Si l’on est d’un pays, « natif-natal »


Lu aussi dans Petit pays de Gaël Faye (Paris : Grasset, 2016)

« Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes. » (p. 213)

Un livre peut changer ta vie


Lu aussi dans Petit pays de Gaël Faye (Paris : Grasset, 2016)

« [Les livres] m’ont changée, ont fait de moi une autre personne.
– Un livre peut nous changer ?
– Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il fait se méfier des livres, ce sont des génies endormis.  » (p. 169)

De l’influence des livres

Lu dans Petit pays de Gaël Faye (Paris : Grasset, 2016)

« Un après-midi, j’ai croisé par hasard Mme Economopoulos devant sa haie de bougainvilliers. On a échangé quelques mots sur la saison des pluies et le beau temps, puis elle m’a invité à entrer dans sa maison pour m’offrir un verre de jus de barbadine. Dans son grand salon, mon regard a tout de suite été attiré par la bibliothèque lambrissée qui couvrait entièrement un des murs de la pièce. Je n’avais jamais vu autant de livres en un seul lieu. Du sol au plafond.
– Vous avez lu tous ces livres ? j’ai demandé.
– Oui. Certains plusieurs fois même. Ce sont les grands amours de ma vie. Ils me font rire, pleurer, douter, réfléchir. Ils me permettent de m’échapper. » (pp. 168-169)

La vie, une aventure incertaine

Lu aussi dans Le tableau du maître flamand de Arturo Pérez-Reverte  (Paris : J.-C. Lattès (Livre de poche 7625), 1993)

 « La vie est une aventure incertaine dans un paysage diffus aux limites en perpétuel mouvement, où les frontières sont toutes artificielles; où tout peut s’achever et recommencer à chaque instant, ou prendre fin subitement, comme par un coup de hache inattendu, à tout jamais. Où la seule réalité absolue, compacte, indiscutable et définitive est la mort. Où nous ne sommes qu’un petit éclair entre deux nuits éternelles […] où nous n’avons que bien peu de temps. » (p. 316)

La complexité du monde

Lu aussi dans Le tableau du maître flamand de Arturo Pérez-Reverte  (Paris : J.-C. Lattès (Livre de poche 7625), 1993)

 « Le monde n’est pas aussi simple qu’on voudrait nous le faire croire. Ses contours sont imprécis, les nuances comptent. Rien n’est noir, rien n’est blanc; le mal peut être le déguisement du rien ou de la beauté, et inversement, sans que l’un n’exclue l’autre. Un être humain peut aimer et trahir la personne aimée, sans que son sentiment en perde sa réalité. On peut être père, frère, fils et amant tout à la fois; victime et bourreau… » (p. 316)

Impossible, improbable mais vrai


Lu dans Le tableau du maître flamand de Arturo Pérez-Reverte  (Paris : J.-C. Lattès (Livre de poche 7625), 1993)

« …lorsqu’on élimine l’impossible, ce qui reste, pour improbable qu’il puisse paraître, doit nécessairement être vrai » (p. 308)