Regarder le temps passer


Lu aussi dans Les âmes grises (Trilogie de l’homme devant la guerre)de Philippe Claudel (Paris : Livre de poche, 2015)
 
Il « aimait le temps au point de le regarder passer et de ne rien faire d’autre parfois que d’être derrière une fenêtre, sur une chaise longue en rotin, ou bien sur le banc qui surplombait, grâce à une petite butte artificielle que les printemps couvraient d’anémones et de pervenches, les eaux pleines de langueur de la Guerlante, et celles plus pressées du petit canal. » (p. 53)


Prendre une place dans la vie du lecteur



Lu aussi dans Les âmes grises (Trilogie de l’homme devant la guerre)de Philippe Claudel (Paris : Livre de poche, 2015)
 
« … car on écrit bien entendu uniquement dans l’espérance d’être lu, et aimé, et dans le désir de venir quelques instants, ou un peu plus longtemps, prendre une place dans la vie du lecteur et demeurer en lui, d’une façon ou une autre. » (p. 17)


L’outil d’un romancier


Lu dans Les âmes grises (Trilogie de l’homme devant la guerre) de Philippe Claudel (Paris : Livre de poche, 2015)

« Car un romancier est toujours quelqu’un qui, en plus d’utiliser un outil, s’interroge sans cesse sur son outil. La forme du roman, les mots choisis pour le construire font l’objet d’une remise en cause perpétuelle et d’une remise en question. » (p. 13)

La valeur des objets

Lu aussi dans Les fils de la poussière de Arnaldur Indridason (Paris : Métaillé, 2018)  

« Les photos ne font plus le poids face à tous ces films, ces jeux vidéo, ces cassettes et les milliers de chaînes par satellite. À cette époque,  le monde était plus simple. La photo de classe avait un sens. C’était un souvenir qu’on pouvait conserver. Aujourd’hui, plus personne ne veut rien conserver. Et quand on garde trop longtemps un objet, il devient ridicule. Il faut qu’on puisse s’en servir, s’en lasser, le jeter pour en acheter aussitôt un autre plus récent et plus utile, l’objet lui-même n’a aucune valeur. Avant, la photo de classe constituait un événement dans la vie des élèves. Aujourd’hui, on dirait qu’ils s’en fichent. Ça leur enlève du temps à passer devant leurs ordinateurs. » (pp. 146-147)

L’histoire, une matière qui dégage de toute responsabilité


Lu dans Les fils de la poussière de Arnaldur Indridason (Paris : Métaillé, 2018)

« J’étais fainéant, vois-tu. Ça ne me venait pas à l’esprit de faire des efforts, d’ailleurs je n’en avais pas besoin. […] Mes amis se sont inscrits en médecine, moi en histoire. C’est une matière qui me passionne, mais quand on y réfléchit, elle nous dégage aussi de toute responsabilité. » (p.128)

Se faire appeler directeur

Lu aussi dans Le Dynamiteur de Henning Mankell (Paris : Seuil, 2018)

« Je n’apprécie pas que mon gamin ait voulu être appelé directeur dès qu’il a acheté une machine à laver et s’est mis à faire la lessive pour les gens. Enfin, quoi, les lavandières ne se faisaient pas appeler directrices, alors qu’elles passaient leur vie à faire la lessive. Pareil pour tous ceux qui essuient la merde des autres. Rien que le mot me met en rogne. Maintenant, il a une grande laverie, mais il ne devrait quand même pas se faire appeler directeur. » (p. 181)

Il faudrait écrire davantage sur ce que les gens n’ont pu que murmurer


Lu aussi dans Le Dynamiteur de Henning Mankell (Paris : Seuil, 2018)
 
« J’ai lu les livres de Moberg*. Ils sont bien. C’est comme des livres d’histoire, mais plus passionnant. On est captivés. Ceux dont il parle n’ont rien d’extraordinaire. Ils sont comme tout le monde. Mais on voit tout ce qu’ils ont dû traverser. Il faudrait écrire plus de livres comme ça. Les gens ont été réduits à murmurer pendant des siècles, mais ce sont quand même eux qui ont pris les coups et ont été battus. Il faudrait écrire davantage sur ce que les gens n’ont pu que murmurer. » (p.180)
 
* Vilhelm Moberg (1898-1973) écrivain rattaché au courant du roman prolétarien, connu surtout pour La Saga des émigrants.